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Renforcer la résilience climatique de nos municipalités

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Le mercredi 7 juin 2023, 414 incendies de forêt brûlaient au Canada. Dans sept provinces et territoires sur treize, les forêts étaient en feu, notamment en Colombie-Britannique, en Alberta, dans les Territoires du Nord-Ouest, en Ontario, au Québec, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse. Les prévisions gouvernementales prévoient que cet été sera une saison d'incendies de forêt « particulièrement sévère ». Il est donc de mise de se questionner par rapport à la préparation aux catastrophes de nos communautés et les meilleures pratiques à mettre en œuvre pour renforcer la résilience climatique de nos municipalités.

Ce n'est pas la première année que nous assistons à des phénomènes météorologiques extrêmes. Les catastrophes naturelles liées au climat ont augmenté de 83 % à l'échelle mondiale au cours des vingt dernières années (source en anglais seulement - voici un lien en français qui l’explique aussi), et le Canada ne fait pas exception. Au cours des cinq dernières années, le pays a connu des vagues de chaleur, des feux de forêt et des inondations, dont beaucoup ont été les pires jamais enregistrées. La recherche et l'expérience montrent clairement que le changement climatique est probablement le principal responsable de l'augmentation du nombre de catastrophes (source en anglais seulement - voici un lien en français).

Les gouvernements locaux sont les premiers à réagir à ces catastrophes, chaque événement mettant à l'épreuve leurs systèmes et plans d'urgence. Les enjeux sont importants. Les risques aigus et à long terme pour la santé publique et la plupart des coûts associés aux dommages causés aux infrastructures et au déploiement des ressources incombent aux municipalités. La pression est forte pour construire des communautés résilientes, capables de résister à des chocs tels que les catastrophes naturelles et d'en atténuer autant que possible les conséquences négatives.

Villes résilientes

La construction de villes et de communautés plus résilientes peut contribuer à la protection et à la défense contre les effets du changement climatique. Selon le rapport « Building a Climate-Resilient City : Disaster preparedness and emergency management » du Prairie Climate Centre, une ville résiliente est « une ville dont les institutions, les communautés, les entreprises et les individus ont la capacité de survivre, de s'adapter et de se développer en réponse à tout type de choc ou de stress qu'ils peuvent subir ».

Une ville peut se préparer à ces chocs en équipant à la fois l'environnement bâti et la communauté sociale du matériel et des compétences nécessaires pour réduire leur vulnérabilité et augmenter leur capacité à réagir en cas de catastrophe.

Comment pouvons-nous le faire ?

Bien qu'il existe de multiples voies vers la préparation, les citoyen·ne·s peuvent inciter leurs municipalités à renforcer la résilience de leurs communautés de trois manières principales : la planification participative, l'infrastructure et la préparation.

Tout bon processus de prise de décision implique les communautés qui seront affectées par les décisions prises. Les sessions d'information participatives peuvent avoir lieu à la fois comme moyen de préparation, avant la prochaine catastrophe prévue, ou comme moyen de réflexion, lorsqu'une catastrophe s'est déjà produite. Dans les deux cas, les personnes potentiellement touchées ou déjà touchées peuvent exprimer leurs préoccupations, établir des relations de confiance et contribuer à réduire le risque d'aggravation des dommages. Grâce à une plus grande transparence et à des processus participatifs, les municipalités invitent les membres du public à mieux comprendre les plans de prévention, leurs limites éventuelles et le raisonnement qui sous-tend les actions, ce qui entraîne un plus grand soutien et une plus grande adhésion aux protocoles de sécurité communautaire. C'est particulièrement le cas pour les personnes qui ont été historiquement ignorées par les villes, car cela crée un espace pour que les gens se sentent validés et entendus dans leurs préoccupations au lieu de se sentir oubliés ou mis de côté. En intégrant les expériences, les forces, les faiblesses et les doutes des communautés, les plans d'urgence et de préparation élaborés en consultation avec les citoyen·ne·s deviennent riches d'expériences, d'enseignements et d'assurance que personne ne sera laissé pour compte.

Le plaidoyer en faveur de l'amélioration des infrastructures est un autre moyen pour les membres de la communauté de promouvoir une plus grande résilience dans leur ville. Les différentes catastrophes naturelles mettent en évidence les différentes vulnérabilités d'une communauté. Les vagues de chaleur mettent en évidence la qualité des codes de construction et du couvert végétal urbain, par exemple. Dans les zones où les gens n'ont pas d'air climatisé, où les bâtiments sont mal isolés ou où l'accès à de l’ombre adéquate à l'extérieur est limité, les citoyen·ne·s sont particulièrement vulnérables aux coups de chaleur et à d'autres affections liées aux hautes températures. Les inondations révèlent la nécessité de prendre en compte l'atténuation des inondations dans l'environnement bâti, où la prédominance de surfaces imperméables et d'aménagements dans les plaines inondables ne peut que rendre les inondations plus inévitables. Les feux de forêt exposent les normes de développement : par exemple, lorsque des quartiers de banlieue sont construits avec une seule entrée et une seule sortie, et que l'accès aux bouches d'incendie est inadéquat (lien en anglais seulement), la capacité des personnes à fuir pour se mettre en sécurité est compromise, de même que l'accès des pompier·ère·s aux outils dont il·elle·s ont besoin pour lutter contre les incendies. Ces vulnérabilités compromettent non seulement la sécurité et la santé des personnes, mais aussi la santé de l'économie d'une communauté.

Le Financial Accountability Office of Ontario a estimé, dans un rapport datant de 2022, que les événements météorologiques violents coûteront aux municipalités des millions de dollars en dommages aux infrastructures si les villes ne s'attaquent pas dès maintenant à leurs vulnérabilités. L'argent dépensé pour réparer les infrastructures vulnérables est de l'argent retiré à d'autres systèmes municipaux clés tels que les services d'urgence, comme la lutte contre les incendies, les transports publics et la gestion des déchets, privant ainsi les communautés de filets de sécurité et de services. Le coût de l'inaction est tout simplement inabordable.

Lorsqu'elles s'engagent sur la voie de la consultation et du (re)développement des infrastructures après une crise, les municipalités doivent tenir compte des enjeux à court et à long terme. À court terme, il est important de consulter les groupes de population immédiatement touchés et de tirer les leçons de leurs expériences. La mise en place d'un nombre suffisant de sites de refuge contre les températures extrêmes ou pour les personnes évacuées, ainsi que l'évaluation des dommages subis par les infrastructures, sont également des étapes nécessaires dans l'intervalle. Une fois que les catastrophes sont passées et qu'elles ne constituent plus une menace imminente, les municipalités doivent tirer les leçons des expériences précédentes, et commencer à anticiper et à se préparer à la prochaine catastrophe. L'identification et la cartographie des populations et des développements vulnérables sont les premières étapes essentielles pour entamer des conversations importantes, sensibiliser le public et repenser l'infrastructure. Ces éléments sont essentiels pour éclairer la prise de décision à long terme et la planification de la préparation. Le fait d'opérer avec des calendriers à court et à long terme permet une réactivité fluide dans la planification des catastrophes, en étant capable à la fois de répondre aux crises sur le moment et d'appliquer les enseignements tirés à la création de solutions futures. En d'autres termes, il est important que les calendriers à court et à long terme soient considérés en tandem, afin de permettre aux municipalités de réagir efficacement en temps de crise tout en se préparant à contourner les crises futures.

Conclusion

Ces dernières semaines ont été difficiles et ont montré clairement que nous n'attendons plus que le changement climatique arrive - il est là et nous en ressentons les effets. Alors que les municipalités subissent le plus gros de la pression actuelle, nous devons nous rappeler que les responsabilités en matière d'atténuation des effets du changement climatique incombent à tous les niveaux de gouvernement. Tout comme les collectivités locales doivent cultiver des communautés saines et investir dans des infrastructures plus résistantes, les gouvernements provinciaux et fédéral ont également un rôle à jouer, notamment en renforçant les services sociaux et les filets de sécurité, et en s'éloignant rapidement des combustibles fossiles. Si les municipalités n'ont pas suffisamment de temps ou de ressources pour se reconstruire entre deux catastrophes successives, tout plan à long terme qu'elles élaborent risque d'être rendu inutile. Nous devons continuer à plaider en faveur de communautés résilientes à tous les niveaux de la prise de décision afin de pouvoir commencer à construire un monde plus sûr pour tous.

 

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